Anne Herzog

Volcan Snæfellsjökull, crayon sur papier, 21 x 29 cm

Près de 140 ans après les héros de Jules Verne, la jeune artiste Anne Herzog est partie à la recherche du centre de la terre. Elle est allée sur leurs traces, sur le volcan islandais Snæfellsjökull. Elle a aussi exploré des volcans dans l’ Océan Indien et, récemment, dans les Caraïbes. C’est là le sujet de son exposition qui a ouvert le 1er février 2014 à la Maison Nordique de Reykjavik.

Anne Herzog travaille sur la question des origines de l’Univers, sur les paysages volcaniques, les sites sous tension, les îles entropiques, le Land Art et les effets papillon. Parlant d’un film 8mm qu’elle a réalisé, elle a déclaré : « C’est un film qui peut nous montrer autre chose que la réalité, un media qui peut nous montrer l’invisible, le fantomatique, les apparitions, différentes époques, des futurs alternatifs et d’autres dimensions ». À voir la jeune artiste arpenter d’un pas dansant comme un petit elfe les rues de Reykjavik, on se demande déjà si elle est ici ou là…

Puisqu’il faut choisir et étiqueter, disons que la démarche artistique d’Anne Herzog s’apparente au Land Art. Elle réalise des documentaires fictionnels, qui sont les traces d’une performance. Nous sommes assez loin finalement du Earth Art qui agit sur le milieu naturel, mais plutôt du côté des transformations éphémères, de la marche dans la nature, dans l’effacement par l’artiste des traces de réalisation.

Volcan Snæfellsjökull, crayon sur papier, 21 x 29 cm

Chercher l’invisible ne nous éloigne pas finalement de la réalité, car, comme chacun sait, les volcans n’existent pas. Ils passent leur temps à dormir, et ils imitent alors les montagnes, et quand ils sont en éruption les panaches de cendres ou de vapeurs les dissimulent. Les coulées de lave elles-mêmes sont grises et ne prennent des couleurs que la nuit. Anne Herzog ne renonce pourtant pas à les explorer par des dessins, des peintures, des sons, des vidéos et des performances. Elle utilise l’aquarelle, la photo argentique, la cire ou l’acrylique sur toile, de l’encre sur papier, parfois diluée par la neige du glacier. Elle a aussi recours à la photo ou au film super 8.

La vie d’Anne Herzog est pleine de correspondances. Les héros de Jules Verne entraient par le Snæfellsnes et remontaient par le Stromboli. Anne aussi, mais pour écrire un mémoire sur le sacré et le profane dans Stromboli de Roberto Rossellini où jouait la Suédoise Ingrid Bergman, ce qui nous ramène vers le Nord. Elle a aussi écrit un texte intitulé « Équinoxe », mais c’est le solstice qu’elle va titiller sur les pentes du Snæfellsnes. Elle a exposé à Trinidad, l’île la plus au sud de l’arc antillais, et a choisi de vivre sur l’île la plus septentrionale d’une autre dorsale, l’Islande, au milieu de l’Atlantique Nord. Et si les plaques tectoniques se séparent de deux centimètres par an au milieu de l’Islande, Anne en bidouille d’autres en chambre noire, en mélangeant volontairement les produits du développement. Elle cherche aussi à fixer, sans appareil, sur la seule plaque sensible, les fluides émanant d’un medium. Elle va ensuite exposer ses œuvres sur l’axe New-York-Reykjavik-Paris. Qui parlait d’être à côté de la plaque ?

Gérard Lemarquis

Anne Herzog a 29 ans. Elle a fait ses études en France, à la Sorbonne, et à Reykjavik, à l’Académie d’art visuel. Elle vit actuellement en Islande.

Exposition Revolution: Generation volcano à la Maison Nordique, Reykjavik (Islande), du 1er au 26 février 2014