Akseli Gallen-Kallela : Une passion finlandaise

La mère de Lemminkäinen, 1897, Musée Ateneum, Helsinki

Le Musée d’Orsay poursuit sa politique d’expositions d’artistes étrangers méconnus en France, en présentant dans ses nouvelles salles, en ce début d’année, le Finlandais Akseli Gallen-Kallela (1865-1931), méconnu en nos contrées, sous le titre, une passion finlandaise.

Il est vrai qu’en son pays, il fut célébré, à la charnière des XIX° et XX° siècles, comme le peintre des paysages et des visages de la Finlande, celle de ses terres les plus reculées, les plus sauvages, les plus authentiques, là où la nation était en quête d’elle-même, de ses racines, de son identité, en cette époque où elle cherchait à affirmer son indépendance culturelle vis à vis de l’Empire russe, dont elle était encore, avant l’indépendance du 6 décembre1917, un territoire annexé sous le nom de Grand Duché.kids inflatable toys

Et puis, entre 1889 et 1907, c’était lui qui avait su trouver le premier une puissante incarnation picturale du Kalevala, l’épopée nationale légendaire de langue finnoise, recueillie par Elias Lönnrot et publiée en 1835. Il n’y a qu’à voir l’écart formel entre La Légende d’Aino, 1891 et La Défense de Sampo, 1896.

C’était lui encore qui, lors de l’Exposition Universelle de 1900 à Paris, réalisa quatre fresques monumentales tirées de la même source d’inspiration pour la coupole du Pavillon finlandais, conçu comme la vitrine de la culture nationale, ainsi que le dessin du mobilier et des textiles du cabinet de travail présenté là. Une médaille d’or consacra ses efforts.

L’artiste fréquentait les cercles avant-gardistes de l’Europe, de Paris à Moscou en passant par Berlin qui, en ce début du XX° siècle, appréciaient son travail polymorphe sur la forme, les couleurs, les symboles et le sentiment national, parfois davantage que son pays natal, surpris par ses audaces et ruptures de style.

Une passion finlandaise, oui : l’œuvre d’un homme sensible à la beauté de son pays et engagé à en défendre la « fennitude », son identité originelle de langue finnoise; mais encore, la passion d’un homme à creuser le sillon de son art pour atteindre des contrées inattendues.

Finlandais de cœur, Akseli Gallen-Kallela n’en était pas moins profondément cosmopolite, venu dès 1884 à Paris pour y parfaire sa formation à l’Académie Julian puis dans l’atelier de Fernand Cormon, à l’instar de nombre de ses compatriotes. En effet, entre 1880 et 1914, la France, et Paris en particulier, offre aux Finlandais le détour privilégié par lequel rejoindre leur identité, loin de la Suède, au royaume duquel la Finlande fut rattachée jusqu’en 1809, loin de l’Empire russe, sous la tutelle duquel elle tomba à partir de 1809, loin de l’Allemagne et de ses influences aux ramifications multiples. C’était à l’étranger, lors de ses séjours parisiens, berlinois, anglais ou américain, qu’Akseli Gallen-Kallela mesurait à quel point il était finlandais, et à quel point aussi, il avait besoin d’un Ailleurs pour y confronter, y renouveler ses idées. En mai 1909, il partit même en Afrique, dans le Kenya actuel, lui, l’homme du Nord, en quête d’une nouvelle authenticité. Il y resta dix-huit mois, et en rapporta de nombreux tableaux, qui constituent un ensemble à part dans sa production.inflatable double slip and slide with pool

Akseli Gallen-Kallela était un peintre finlandais qui avait l’art pour passion, dont le parcours tourna autour des problématiques formelles et thématiques de son temps, (réalisme, néoromantisme, symbolisme, synthétisme, Art nouveau), et dont les capacités de touche-à-tout (gravure, fresque, art décoratif, illustration, écriture) le projetaient sans cesse hors de ses sentiers battus.

L’exposition a le mérite d’offrir un aperçu de ses multiples talents et une sélection judicieuse de ses œuvres les plus connues, célébrées hier comme aujourd’hui encore.

Laissez-vous transporter ailleurs quelques instants devant ses paysages lacustres zébrés de pins (Lac gelé, Ruovesi, 1896) ou ses tapis de neige scintillants d’une lumière crue (Falaises enneigées à Kalela, 1901), ou en Afrique, dans cette chaleur aride qui suinte de ces toiles d’animaux (Hippopotames dans la rivière Tana, 1910) ou de paysages (Mont Kenya – Plaine Wakamba, 1909-1924), ou surprendre par ses interprétations d’une mythologie certes étrangère mais qui, finalement, convoque les mêmes puissances, celles du Bien et du Mal, de la Vie et de la Mort, de l’Amour et du Deuil (La mère de Lemminkäinen, 1897).

Une passion finlandaise – une invitation à dépasser les frontières.

Anne-Estelle Leguy, doctorante à Paris-Sorbonne

Musée d’Orsay, 7 février – 6 mai 2012, 75007 Paris