Nordic Delight : le nouvel art suédois

En 1999, la critique Sara Arrhenius pointait dans l’essai Body Contact, hungering for the real l’appétit des artistes nordiques pour le réel. « Dix ans se sont écoulés, et la passion des années 1990 pour le réel est désormais concurrencée par la passion pour l’irréel », constate la commissaire d’exposition Sinziana Ravini bouncy castles for sale, qui propose ici d’explorer cette nouvelle tendance  à travers l’exemple de la Suède. Dix-sept artistes d’aujourd’hui, souvent trentenaires, investissent l’Hôtel de Marle, des caves au grenier en passant par le jardin où trône l’installation de Leander Djønne : la reconstitution de la carcasse d’une frégate négrière dano-norvégienne, le Fredensborg, à partir de morceaux de bois usagés trouvés dans Paris. Une façon de rappeler que les pays nordiques ont contribué eux-aussi – bien modestement – à la traite des esclaves. A l’étage, un radeau en bois noirci qui n’est pas sans rappeler celui du clip Love fool du groupe suédois les Cardigans. Vers quels horizons dérive l’art suédois ? Ombre et lumière, light et de-light, bien et mal, pulsions et fictions… Autant de directions adoptées par ces artistes, tous médias confondus. En Suède, un règlement stipule quelles plantes sont autorisées dans les cimetières. Carl Boutard les filme, et photographie les « mauvaises » herbes dans les rares cimetières « mal tenus ». Ce faisant, il dresse un monument aux morts, aux âmes disparues dont les vivants ne parlent plus. Une œuvre remarquable sur la mémoire. La photographie occupe d’ailleurs une place importante dans l’exposition, à travers les œuvres empruntes de « magie surréaliste ou absurde » de Klara Källström, Daniel Grizelj ou Lovisa Ringborg (photo) revisitant le thème classique des vanités. A noter, la parution conjointe de Tennslottet (le château d’étain), l’étonnant roman collectif conçu par la commissaire et tous les artistes, chacun rédigeant une partie, prolongement de l’exposition et performance audacieuse.Britain

Alexandre Crochet

Jusqu’au 24 octobre 2010, Institut suédois, Hôtel de Marle, 11, rue Payenne, 75003 Paris. Tél. : 01 44 78 80 20 et www.institutsuedois.fr

Photo : Lovisa Ringborg, In Memoriam © DR