Le 12 octobre 2010, ARTnord a organisé un événement à la Librairie du Palais de Tokyo. Trois artistes norvégiens, présentés dans le n°10, étaient invités : le photographe Rune Guneriussen, qui signait une édition limitée d’une de ses photographies qui était proposée avec la revue. Jeune artiste montant, il a été invité à réaliser une grande installation aux Parc des Buttes Chaumont lors des Nuits blanches de 2009. Kurt Johannessen, l’un des plasticiens norvégiens les plus connus actuellement et dont une photographie orne la couverture de la revue, faisait une performance adaptée au lieu. Enfin, Terje Isungset, compositeur et musicien de renom, a donné un concert avec des instruments faits de matériaux naturels tels que de la pierre, du bois et de la corne.
En 1999, la critique Sara Arrhenius pointait dans l’essai Body Contact, hungering for the real l’appétit des artistes nordiques pour le réel. « Dix ans se sont écoulés, et la passion des années 1990 pour le réel est désormais concurrencée par la passion pour l’irréel », constate la commissaire d’exposition Sinziana Ravini, qui propose ici d’explorer cette nouvelle tendance à travers l’exemple de la Suède.
L’être humain a-t-il la capacité à se penser eau, roche ou encore air ? Oui, semble nous glisser Kurt Johannessen (né en 1960 en Norvège) à travers nombre de ses performances. S’intéressant aussi bien à la physique qu’aux mathématiques ou à la poésie, l’artiste use des uns et des autres à travers son corps même. Il apparaît souvent pieds nus, vêtu d’un seul costume noir et développant des gestes simples. Cependant, si la présentation est si épurée, c’est pour mieux faire ressortir ces gestes, déployés avec lenteur, précision et étrangeté. Comme un langage dont le sens nous échapperait, ces mouvements du corps nous ramènent à une physique du concret : l’espace qui nous sépare et nous relie, la sensation d’être touché, dans son corps et dans ses sentiments, le bien précieux d’exister.
Emeline Eudes